Dans la bulle du psy #1 

Principe de la rubrique « Dans la bulle du psy » :

 

par la présentation d’un personnage ou d’une oeuvre, décrypter des types de personnalité, des défis de la vie, ou encore de vulgariser des concepts clé qui pourraient s’avérer utiles dans la vie de tous les jours

L’intelligence, en voilà un concept complexe et polémique, à l’heure où les neurosciences viennent contredire les écrits fondateurs de la psychologie. Car la psychologie est une science vivante, en perpétuelle évolution. Des grands écrits de la fin du XIXème, début du XXème siècle à aujourd’hui, il y en a eu des expérimentations, des écrits, des contradictions et remises en question. « Il faut savoir vivre avec son temps » entend-on à chaque coin de rue. Oui, et vivre avec son temps,  quand on est psy, c’est aussi savoir prendre du recul sur sa pratique et se tenir à la page des découvertes neuroscientifiques récentes, pour toujours mieux prendre en charge ceux qui nous font confiance pour les accompagner. Alors quand un comics vient aborder un concept psychologique au coeur du débat, mais quel bonheur de mélanger boulot et passion ! C’est donc avec un très grand enthousiasme qu’aujourd’hui je vais vous parler d’Omni. Je suis particulièrement heureuse qu’un titre puisse traiter de ces nouvelles avancées théoriques. D’autant plus avec autant de discernement et de rigueur. Chapeau bas H1 comics, entre Ignited et Omni, vous m’avez convaincue sur votre ligne éditoriale !

 

Omni est l’une des séries de l’univers partagé H1. Un univers extrêmement interessant sur le plan psychologique puisqu’il présente non pas des super-héros, mais des humains, qui sous l’influence de l’environnement et d’un état de tension extrême, sont sujets à des mutations. Mutations semblant tout droit sorties de la théorie Darwinienne puisqu’ils développent des capacités hors-norme directement liées à leur besoin immédiat. Très interessant cette façon de traiter de l’évolution des espèces ! Dans Omni, le Dr Cecelia Cobbina, soumise à une situation dangereuse, tente d’analyser les stratégies à mettre en oeuvre pour que la situation ne se finisse pas de manière dramatique. Elle voit alors ses capacités de raisonnement se décupler, comme si le curseur des différents types d’intelligences que nous possédons tous en nous de manière plus ou moins efficiente, se retrouvaient chez elle, tous sur un curseur poussé au max. Ces différentes formes que peuvent revêtir l’intelligence, se matérialisent alors devant elle pour réfléchir ensemble, chacune s’attaquant à un angle de la même problématique. Une efficacité redoutable. 

 

A noter que les auteurs d'Omni ont pris soin de se tenir vraiment à la page des dernières recherches en neurosciences, puisqu'à côté des 8 types identifiés par Gardner, on retrouve l'intelligence dans son versan existentielle. Plutôt novateur, puisque le domaine hollistique est encore peu exploité, sauf pour les psychologues d'orientation intégrative.

 

Si le doc de Omni n’a plus à se poser la question, maîtrisant donc à la perfection toutes les modalités que peut revêtir l'intelligence, peut-être que vous, vous aimeriez savoir quels sont vos canaux d’intelligences préférentiels ? Cela pourrait s’avérer un coup de pouce pour savoir sur quoi vous appuyer en cas de besoin quand vous avez l’impression de buter sur un exercice, ou même savoir quelle est la voie dans laquelle vous pourriez vous épanouir le plus ? Car toute découverte n'a que peut d'intérêt si elle ne revêt pas une utilité. Et en ce qui concerne l'intelligence multiple, les applications sont nombreuses, à commencer par le renouvellement des méthodes d'apprentissages. Certaines écoles Outre-Athlantique proposent d'hors et déjà un enseignement prenant en compte les différentes prédispositions des enfants présents dans la salle de classe. Les jeunes élèves ont alors la possibilité d'acquérir un nouvel apprentissage dans un langage qui leur est adapté et prend en compte leur besoin. Une fois adulte, la théorie de l'intelligence multiple est tout aussi utile et peut être l'avez-vous côtoyée sans vous en rendre compte lors d'un bilan de compétences ? Car l'utilité est aussi ici, savoir quelle voie professionnelle pourrait nous plaire, dans quel type de tâches nous pouvons potentiellement exceller .. mais aussi pourquoi pas mettre le doigt sur un nouvel hobbie quand finalement on finit par plus trop savoir ce que l'on aime.

 

Cela tombe bien, il y a quelques années le magazine cerveau&psycho à mis au point un petit questionnaire pour partir à la découverte de son potentiel. Peut-être savez vous déjà, peut être pas, peut être avez vous des prédispositions insoupçonnées jusqu’à alors ? —> c’est par ici !

 

 

 2. La représentation socio-culturelle de l’intelligence hors-norme  

 

Cette rubrique, on la voulait proche des problématiques rencontrées dans la vie quotidienne. On la voulait éclairante sur certaines difficultés, pour appeler à la bienveillance, à l’empathie de ceux qui y assistent, et au réconfort, au sentiment d’être compris, par ceux qui la vivent. Aujourd’hui nous allons nous pencher sur un court passage de Omni, mais qui réfère à une source de souffrance majeure pour certains d’entre nous. C’est une problématique qui, je préfère être honnête, me touche non seulement professionnellement mais aussi très personnellement. Un petit risque certes, mais ici nous sommes là pour parler et lire avec le coeur.  Alors commençons.

  1.  Les intelligences multiples  

 

L’intelligence est un concept très complexe à définir. D’abord perçu comme unique, innée et stable dans le temps, elle est maintenant reconnue comme mouvante grâce à la capacité de notre cerveau à faire de multiples nouvelles connexions à tout âge de la vie. On appelle cela la plasticité cérébrale. Si les tests de QI tels qu’ils furent créés notamment grâce à Binet interrogent particulièrement l’intelligence selon des modalités verbales (sauf échelle non verbales) et logico-mathématiques, les autres modalités que peuvent revêtir l’intelligence n’ont été que peu étudié. Gardner, le fondateur de la théorie des intelligences multiples, la définit comme « une capacité à résoudre des problèmes […] dans un contexte culturel ou collectif précis ».

 

Et c'est justement quand il nous faut résoudre un problème ou chercher une voie qui nous fait vibrer, que nos différences se révèlent : certains feront appel à un raisonnement mathématique et logique en décortiquant le fonctionnement de chaque pièce, d’autre tenteront d’acquérir une vision d’ensemble et recourront à des schémas pour organiser leur pensée, d’autres encore auront besoin de bouger, de manipuler … Il n’y a pas de meilleure méthode qu’une autre, en fait nous avons tous en nous l’ensemble de ces modalités multiples : intelligence verbale-linguistique, logico-mathématique, visuelle-spatiale, musicale, corporelle-kinesthésique, interpersonnelle, naturaliste, intrapersonnelle. Seulement en fonction de notre bagage génétique, de notre culture, de notre histoire personnelle, de nos affinités, nous en développons certaines plus que d’autres ou plus ou moins vite. Notre cher Dr Cecelia Cobbina, elle, se voit doté de la capacité à les exploitées toutes simultanément, et à plein potentiel, lui rendant possible d’analyser un problème sous les différents angles d’observation en confrontant de multiples points de vue. Plus besoins de brainstorming en équipe, l’équipe, c’est elle ! 

Dans Omni, on découvre le Dr Cecelia Cobbina après sa « mutation », tentant de faire comprendre ses nouvelles capacités à son entourage proche. Elle essaie tant bien que mal d’expliquer que ses capacités de raisonnement se sont décuplés, fonctionnant avec une efficacité prodigieuse et sur plusieurs canaux simultanés, transformant sa vision des choses. La réponse en face est pour le moins cinglante : « ne t’es-tu toujours pas sentie supérieure ? ». 

Petite phrase cinglante pour de grands dégâts. La sensation d’être incompris, le sentiment d’une grande injustice amenant à une profonde tristesse et un coup porté direct en pleine estime de soi. Une petite phrase qui amène une partie de la population qui l’entend quotidiennement, à tout faire pour taire ses particularités, les Zèbres. Ce terme ne vous parle peut-être pas, mais il s’agit d’une dénomination qui permet d'aborder avec plus de douceur - et sans déclencher de jugements hâtifs - une population souffrant de très nombreux préjugés.

Appelez-les précoces, et on les apercevra comme forcément en avance sur tout; appelez-les surdoués et on les percevra comme hautains, supérieurs (totalement ce qui se passe dans la séquence dont nous parlons); appelez-les hauts potentiels et automatiquement on estimera que forcément ils doivent se montrer performant et s’ils ne le sont pas, alors on entendra « pas si doué que ça le génie ».

Pourtant oubliez cet aspect performance, capacités hors norme .. Surdoué, ce n’est pas être super doué, plus que les autres, mais un système cognitif au fonctionnement trop intense pour finalement bien fonctionner. Ce n’est pas tant plus que les autres, mais différemment qualitativement parlant, menant aux incompréhensions et aux souffrances les plus improbables. 

 

Souvent ce que l’on prend comme de la suffisance est un joli petit combo de manque de tact et de sentiment que la logique qui lui a permis d’acquérir la réponse à la question qui lui est posée, est en fait partagée de tous, d’où le « Bah ! Tu sais bien ! » qui amène l’autre en face à se dire « Non mais ça va, ne me prends pas de haut ». Cette incompréhension naît de ce que l’on nomme en psychologie la théorie de l’esprit. C’est à dire la capacité à comprendre, à interpréter, à analyser ce que l’autre ressent. Car nous partageons tous des implicites culturels, sociaux, nous sommes tous amené à croire à certains moments, qu’un savoir, un avis est partagé de tous. Sauf que le Zèbre lui, bien souvent à des implicites constitués sur un rapport au monde différent. Il en reste pas moins persuadé que les autres ont tous le même rapport au monde. Quand il comprendra que ce n’est pas le cas, ce sera la douche froide et la profonde solitude. C’est cette émotion qui m’a profondément touché dans cette scène de Omni et qui m’a ramené à de très nombreux souvenir de ma vie de Zèbre. 

 

Quand on naît avec cette particularité, tout est vécu avec plus d’intensité et les différences avec les autres dont on aimerait être aimé et partager la vision des choses n’en sont que plus exacerbées. Ce trouble neurodéveloppemental est donc souvent plus vécu comme un fardeau que comme un don car bons nombres de particularités sont des freins dans la vie tant scolaire, professionnelle, sociale, amoureuse … 

Tiens prenons la sphère scolaire par exemple : savez-vous que contrairement à l’idée reçue, près de 30% des jeunes zèbres n’obtiendront pas le bac, faute d’un enseignement adapté à leurs particularités ? Car être zèbre, c’est avoir une compréhension strictement littérale, avoir des difficultés à comprendre les implicites (dont le monde est pourtant truffé ! », un cerveau gauche limité, des douleurs à l’écriture, une dysorthographie d’autant plus intense que les idées fusent, … C’est aussi comprendre qu’à l’école, pour avoir des copains, il faut cacher son enthousiasme pour les apprentissages, pour le savoir. Que l’adulte ne sait pas autant de choses qu’on le voudrait et que face à notre soif d’apprendre, un mur se dresse et les frustrations autant cognitives que humaines s’enchaîneront. Alors on fait un choix : s’enfermer dans sa bulle, pour continuer à donner vie à cette envie d’apprendre toujours plus, pour s’émerveiller des multitudes de domaines que l’on peut investir ... mais être désespérément isolé. Ou taire ce besoin, entrer dans le moule, et alors en gommant notre identité un peu à part, se faire des copains par mimétisme social. 

Et ceci, ce n’est qu’en ce qui concerne la scolarité car en fait, les manifestations en fonction de chacun, peuvent être multiples :    

  • Hypersensibilité sensorielle qui rend vite insupportable le bruit, le toucher, l’odorat… 

  • Difficulté du cerveau à inhiber les informations entrantes qui fait qu’on se sent vite agressé par une multitude de sources, le cerveau n’arrivant pas à se focaliser sur la tâche en cours en faisant abstraction du reste, 

  • Troubles associés potentiels tels que la dysorthographie, la dyspraxie qui nous valent des railleries « finalement tu es un cancre ! », 

  • Dépression chronique par manque de certaines hormones en quantité suffisante, …

  • Défaut d’estime de soi. Et oui contrairement à l’idée reçu, les personnes « surdoués » ont toujours l’intime conviction d’être nulle, pas suffisamment ceci ou cela, .. elles essaient maladroitement de masquer cet aspect derrière un masque d’assurance parfois, car la pression de leur dénomination (surdoué, haut potentiel) fait qu’elles ont l’impression de ne pas avoir le droit à l’erreur. Mais ne nous y trompons pas, pas besoin d’être haut potentiel, pour être suffisamment vaniteux, bien au contraire, l’être est plutôt un critère d’exclusion de ce diagnostic à part entière.

  • Emotions exacerbés. Du rire aux larmes en quelques minutes, voilà comment décrire la sphère émotionnel des zèbres. Parce que tout est vécu intensément. Certains pour se préserver feront en sorte de se blinder suffisamment pour que plus rien ne les touche. 

  • Une grande fatigabilité , car la pensée en arborescence et la non hiérarchisation des stimuli extérieur en permanence, sans pouvoir mettre son cerveau sur off, c’est franchement épuisant. Imaginez une journée avec un cerveau en surchauffe, sans pause, sans répits, avec des questions qui fusent ..mais tous les jours de l’année. 

  • Une difficulté à se faire un cercle amical car rares sont les personnes qui finalement acceptent ces petites bizarreries et ne s’offusquent pas de la profonde immaturité émotionnelle que nous pouvons avoir. 

 

Peut être vous direz-vous à la lecture de ces lignes que le trait est trop accentué, que ce n’est pas si terrible, que ceux qui en sont atteints ne semblent pas si mal. Mais tout est question d’adaptation pour ne pas être exclus et d’intensité de ce qui est ressenti. Le zèbre apprend à vite à revêtir un masque social pour cacher la profonde sensibilité qui l’habite. Pour ne pas s’effondrer, pour encaisser et être accepter. 

 

  Un petit mot pour la fin  

J’espère que cet article vous aura permis d’avoir un autre regard sur l’intelligence. Qu’il vous aura permis de comprendre à quel point cette notion à pu faire verser « de l’encre », a pu dresser des murs entre les individus, amenant son lot de rejet et de jugement. Laissons donc là toute notion de hiérarchie en fonction d’un score de QI. Fort QI ne veut pas dire supériorité ou réussite, QI classique ne veut pas dire dénué de talent, faible QI ne  ne veut pas dire idiot mais non accès à la pensée commune. Le QI n’est qu’un nombre indicatif. Indicatif de quoi ? D’une normalisation de la pensée, rien de plus. Un petit message de tolérance : nous possédons tous des dons et des prédispositions uniques, alors laissons ce chiffre à sa place de chiffre et préoccupons donc nous de comment aider ceux qui raisonnent différemment. Laissons leur une place avec amour, et aidons-les à conjuguer personnalité atypique et inclusion. C’est ce que mon cher mari fait tous les jours pour moi, dressant un pont entre la compréhension normalisée de notre société, et mes petites excentricité,

 

Merci de m’avoir lu. 

Maéva.

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